Mesures de bruit le long de l'autoroute A6

16/11/2017

Bruitparif publie son rapport

Au printemps 2017, Bruitparif a réalisé une campagne de mesure sur 22 sites au sein de 7 communes du Val-de-Marne traversées par l’autoroute A6. Cette étude a permis d’améliorer la connaissance des expositions au bruit des riverains de cette infrastructure et de dresser un constat de la situation.

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Contexte

L'autoroute A6 constitue un axe de transport routier très important pour le transit entre Paris et le Sud de l'Île-de-France générant un trafic cumulé de 251 000 véhicules par jour en moyenne (source DiRIF 2014) qui traversent plusieurs communes du territoire de l'EPT T12 Grand Orly Seine Bièvre au sein de la Métropole du Grand Paris.

La carte stratégique du bruit des grandes infrastructures routières élaborée par modélisation, par la Direction Territoriale Île-de-France du Cerema, dans le cadre de la directive européenne 2002/49/CE, avait mis en évidence des dépassements des valeurs limites réglementaires dans plusieurs secteurs de ce territoire densément peuplé, avec de l'ordre de 7 000 riverains concernés.

Afin d'affiner la connaissance des niveaux sonores réels auxquels sont exposées les populations riveraines, Bruitparif a réalisé une campagne de mesure sur les communes de Gentilly, Le Kremlin-Bicêtre, Arcueil, Cachan, L'Haÿ-les-Roses, Villejuif et Chevilly-Larue. 22 sites ont été documentés à l'aide de mesures temporaires (durée allant de 7 à 10 jours) réalisées entre le 24 mars et le 10 mai 2017 et un site a été instrumenté sur une période plus longue entre le 24 mars et le 7 juillet 2017.

Principaux résultats

Les résultats montrent tout d'abord une grande variabilité des niveaux d'exposition au bruit selon les caractéristiques des sites :

Des dépassements des valeurs limites réglementaires sont observés sur environ la moitié des sites (11 sur 23). Pour leur quasi-totalité (9 sur 11), ces dépassements sont constatés en façade de logements pour lesquels les écrans anti-bruit ne sont plus efficaces, les immeubles étant de hauteur bien supérieure à celle des écrans. Les deux autres sites en dépassements correspondent à des sites non protégés par un écran acoustique et pour lesquels le bruit de circulation de la contre-allée circulée vient se surajouter au bruit provenant directement de l'autoroute A6.

Les sites pour lesquels les valeurs limites ne sont pas dépassées correspondent à des secteurs situés dans la zone d'ombre des écrans acoustiques ou à des secteurs plus éloignés de l'autoroute. Il s'agit principalement de zones pavillonnaires situées derrière des écrans anti-bruit et/ou situées à plus de 70 mètres de l'autoroute.

L'étude a par ailleurs permis de mettre en évidence que pour les riverains les plus exposés aux nuisances sonores de l'autoroute A6, il n'y a jamais de répit, ni la nuit, ni le week-end. Le bruit du trafic routier est en effet omniprésent. Les mesures ont montré des valeurs importantes dès 5 heures du matin et jusqu'à minuit. En cœur de nuit, le bruit diminue un peu mais reste tout de même largement au-dessus des préconisations de l'OMS. Les niveaux enregistrés en cœur de nuit entre 3 et 4 heures du matin ne sont ainsi réduits que de 5 à 6 dB(A) en moyenne par rapport aux heures les plus bruyantes (créneau 5-7 heures). Il y a également peu de variations en fonction du jour de la semaine, hormis les créneaux 5 à 9h qui sont un peu moins bruyants les jours de week-end par rapport aux jours ouvrables.

Les cycles d'évolution du bruit font apparaître, en jours ouvrables, une augmentation assez marquée du bruit sur plusieurs sites sur le créneau de fin de nuit entre 5 et 7h du matin. Cette augmentation s'explique par le cumul de deux phénomènes :

- il s'agit de la période de pointe pour le trafic poids lourds avec de l'ordre de 1000 PL/heure sur ce créneau, qui s'explique notamment par la proximité du MIN de Rungis.

- les vitesses de circulation sont encore élevées et proches de celles rencontrées en cœur de nuit, notamment entre 5 et 6h. Elles commencent à diminuer de manière significative entre 6 et 7h du fait de l'augmentation du trafic.

Bien que le bruit généré par l'autoroute A6 soit un bruit relativement continu, des émergences ponctuelles peuvent toutefois survenir en lien avec des sirènes ou le passage de véhicules particulièrement bruyants ou roulant à vitesse excessive (certains deux-roues motorisés notamment). L'intensité de ces événements et leur apparition en période nocturne en font une source de gêne et de troubles du sommeil de premier ordre pour les riverains. Concernant les sirènes, elles ont été identifiées essentiellement durant la journée et en soirée lorsque le trafic est dense ou saturé.

Outre une documentation fine du bruit au voisinage de l'autoroute A6, cette étude a ainsi permis de mieux appréhender les relations qui existent entre le bruit et les conditions de trafic et de mettre en évidence notamment l'importance de la contribution des poids lourds entre 5 et 7h, l'influence de la vitesse de circulation ou encore l'impact des comportements inciviques de certains conducteurs de 2R motorisés la nuit.

Enfin une modélisation fine du secteur et réalisée à plusieurs hauteurs par rapport au sol a permis de déterminer plus précisément les bâtiments et les populations exposées à des niveaux sonores supérieurs aux valeurs limites : 243 bâtiments et 6 445 habitants du territoire Grand Orly Seine Bièvre seraient ainsi concernés par des dépassements des seuils de bruit du fait de leur exposition au bruit du trafic de l'autoroute A6. La commune de L'Haÿ-les-Roses est la plus touchée avec 3 000 riverains.

Zones de dépassement de la valeur limite en Lden à 4, 10 et 20 mètres de hauteur par rapport au sol et bâtiments en situation de dépassement du fait de leur exposition au bruit généré par l’autoroute A6

Recommandations

Les résultats de cette étude prônent pour la mise en œuvre d'actions combinées afin de s'attaquer de manière globale au problème des nuisances sonores générées par l'autoroute A6.

Bien entendu, la solution idéale serait de réaliser une couverture de l'autoroute A6, mais ce type de projet représente un coût extrêmement élevé et serait par ailleurs très long à mettre en œuvre. Aussi, d'autres leviers peuvent être envisagés pour agir rapidement afin que le bruit ne constitue plus une fatalité.

Tout d'abord, le recours à des revêtements de chaussée ayant des propriétés d'absorption acoustique (aussi appelés enrobés phoniques) devrait permettre de diminuer significativement le bruit de roulement. Les enrobés de dernière génération laissent ainsi espérer une diminution moyenne de bruit de 5 dB(A), ce qui correspond à une division par un facteur 3 de l'énergie sonore. La pose d'un tel revêtement au niveau de L'Haÿ-les-Roses, depuis septembre 2017, financée à 50% par la Région Île-de-France et à 50 % par l'Etat, devrait permettre de vérifier l'efficacité de cette solution. Bruitparif a installé deux stations de mesure permanente (une dans chaque sens de circulation) afin d'en mesurer précisément l'impact.

Une deuxième action qui pourrait avoir un effet immédiat concerne la réduction de la vitesse de circulation, notamment sur la période nocturne, afin de préserver le sommeil des riverains. Un abaissement de 20 km/h de la vitesse autorisée la nuit devrait permettre, si cette limitation est respectée, de diminuer le niveau sonore de 1 à 2 dB(A) sur cette période particulièrement critique pour les riverains.

Une attention toute particulière semble devoir être portée à la période de fin de nuit entre 5 et 7 heures du matin où les niveaux de bruit sont particulièrement importants, du fait du cumul d'une vitesse de circulation encore élevée et d'un fort trafic de véhicules utilitaires légers et de poids lourds du fait de la proximité du MIN de Rungis. Le transport des marchandises en Ile-de-France représente un véritable enjeu de développement durable, notamment en ce qui concerne les nuisances sonores. Les actions visant à encourager au renouvellement des flottes de véhicules utilitaires vers des véhicules plus récents et/ou plus propres (GNV, électrique) doivent être encouragées.

Il s'agirait également de renforcer les actions tant de prévention que de sanction ayant pour objectif l'adoption de comportements moins bruyants, notamment par les conducteurs de véhicules deux-roues motorisés, principale cause de pics de bruit sur la période nocturne. Dans cet objectif, la mise en place de panneaux d'information pédagogique voire de radars acoustiques permettant de flasher les véhicules particulièrement bruyants constitueraient peut-être des solutions pertinentes à expérimenter.

Il conviendrait enfin de veiller, lors des nouvelles opérations d'aménagement ou de rénovation de certains quartiers, de ne pas accroître le nombre de logements exposés au bruit de l'autoroute A6 en privilégiant l'implantation, en premier rideau, de bâtiments écrans, en améliorant les isolements de façades des immeubles jouxtant l'autoroute A6 et en faisant procéder à des rénovations des écrans acoustiques.

Accéder aux données de mesure

Toutes les données de mesure et indicateurs de bruit produits sont consultables au sein de la plateforme rumeur : http://rumeur.bruitparif.fr

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