Les impacts socio-économiques du bruit

La pollution sonore a des impacts sociaux et territoriaux majeurs et génère un coût économique très important pour la collectivité.

La pollution sonore a des impacts sociaux et territoriaux prépondérants. Les niveaux sonores élevés le long des axes de transport très fréquentés dans le centre des villes ou aux abords des aéroports engendrent un exode vers la périphérie, plus tranquille. Cette évolution ne reste pas sans conséquence pour la mixité sociale, les personnes aux revenus les plus modestes n'ayant pas la possibilité de se soustraire au bruit. Qui plus est, elle est à l’origine de nouveaux flux de pendulaires, qui engendrent des problèmes de bruit dans des zones jusque-là silencieuses. Les propriétés situées dans des endroits bruyants se vendent et se louent à des prix inférieurs. En comparaison de bâtiments se trouvant dans des quartiers plus calmes, l'état de nombreuses habitations à proximité immédiates d'axes très fréquentés est nettement moins bon. Face aux perspectives défavorables de développement des quartiers fortement exposés au bruit, les propriétaires évitent les investissements et renoncent par exemple à entreprendre une rénovation. On aboutit ainsi à une spirale descendante dans ces secteurs. Le bruit apparaît ainsi comme un facteur qui renforce les inégalités sociales et territoriales.

Les coûts du bruit pour la collectivité sont associés à la fois aux coûts des dommages causés et aux coûts de réduction ou de réparation de ces dommages.

Les coûts des dommages sont relatifs :

En France, le coût social du bruit s’élève à plus de 57 milliards d’euros par an

En France, une première étude réalisée par EY pour le compte de l’Ademe et du Conseil national du bruit a évalué à plus de 57 milliards d’euros par an le coût social du bruit.

En compilant et analysant les données disponibles, l’étude s’est ainsi intéressée à différents domaines : le bruit généré par les transports qui expose significativement plus de 25 millions de personnes en France dont 9 millions à des niveaux critiques pour leur santé, mais aussi le bruit en milieu professionnel, en milieu scolaire, ou encore les bruits de voisinage. En agrégeant des coûts de nature très différente (coûts des impacts sanitaires, coûts de dépréciation immobilière ou pertes de productivité au travail), la facture obtenue s’élève au minimum à 57 milliards d’euros par an, compte tenu de l’approche méthodologique qui a été mise en œuvre, certains postes comme le bruit dans les moyens de transport, lors des loisirs ou les effets cumulatifs des expositions par exemple n’ayant pas pu être quantifiés à ce stade, faute de données suffisantes.

Ainsi, il apparaît que le coût induit par le bruit des transports est évalué à 20.6 milliards d’euros par an, ne prenant en compte que l’exposition des personnes à leur domicile, et correspondant pour moitié (soit 11,5 milliards d’euros par an) à la valorisation économique des années de vie en bonne santé perdues (évaluées selon la méthodologie proposée par l’OMS) du fait des troubles du sommeil, de la gêne ou des risques cardiovasculaires accrus, et pour l’autre moitié aux de pertes de valeurs immobilières (7 milliards d’euros par an), aux pertes induites de productivité (1,7 milliard d’euros par an) et de troubles de l’apprentissage (0,3 milliard d’euros par an).

Avec un coût de 19.2 milliards d’euros par an, l’exposition au bruit en milieu professionnel est aussi un problème dénoncé par 58% des salariés, soit 14 millions de personnes en France (selon une étude de Malakoff Médéric). Les conséquences vont de la surdité professionnelle (85 millions d’euros chaque année), au coût des accidents du travail liés au bruit (masquage des signaux d’alerte, détournement d’attention) (1,1 milliards d’euros par an) sans oublier la perte de productivité (baisse de performance dans les tâches cognitives, dégradation de la satisfaction au travail, perte de concentration) qui est à l’origine du coût le plus élevé (18 milliards d’euros par an).

En ce qui concerne les conséquences du bruit en milieu scolaire, en supposant, en l’absence de valeur issue de la littérature, que 20% de la part du décrochage scolaire soit expliquée par les nuisances sonores, le coût social du bruit en salle de classe serait de l’ordre de 6,3 milliards d’euros par an.

Enfin, le coût des bruits de voisinage, qui figurent comme la source de gêne sonore la plus souvent citée par les Français avec les bruits des transports (cf. sondage « Les Français et les nuisances sonores » publié en septembre 2014 par l’IFOP), a pour la première fois pu être estimé, à titre indicatif, à 11.5 milliards d’euros par an, en ne considérant que les impacts sanitaires pour les individus exposés, mais pas la perte de valeur immobilière.

Cette étude permet de mettre en balance les externalités négatives des pollutions sonores avec le coût financier * des mesures d’atténuation du bruit connues et éprouvées (par exemple : revêtements routiers phoniques, murs anti-bruit, isolement de façade, traitement acoustique des bâtiments scolaires, d’habitation, ou de santé…) et les bénéfices sociaux qui pourraient en découler (ex. diminution de la gêne et des troubles du sommeil liés au bruit des transports, …). Les résultats de cette étude méritent ainsi d’être mis en perspective avec ceux, d’une autre étude réalisée par BEAUVAIS Consultants pour l’ADEME, concernant le financement du traitement des points noirs du bruit routier, pour un coût total évalué à 6 milliards d’euros et pouvant être étalé sur dix ou vingt ans.

* Voici quelques ordres de grandeur des coûts de construction d'écrans ou d'isolation acoustique de bâtiments :

La déclinaison francilienne de l’étude chiffre, quant à elle, à plus de 16 milliards d’euros par an la facture en Île-de-France.

Accéder aux résultats de l’étude.

En Île-de-France, deux études récentes ont également été menées, dans le cadre du PRSE2 (Plan régional santé environnement 2), pour analyser les relations entre exposition aux nuisances environnementales (dont le bruit) et inégalités sociales.

Accéder aux résultats de ces études.

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