Les impacts sanitaires du bruit des transports

L’exposition au bruit des transports, en particulier en zone dense, constitue un réel enjeu de santé publique.

Malgré une connaissance qui ne cesse de progresser, la prise en compte du bruit environnemental et de ses effets extra-auditifs est assez récente et encore vraisemblablement sous-estimée par les pouvoirs publics et par la population par rapport à d’autres facteurs environnementaux comme la qualité de l’air.

Afin de guider l’action publique en matière de réduction des niveaux de bruit ambiant, des méthodes d’évaluation quantitative du risque sanitaire, promues par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), ont été développées pour évaluer l’impact sanitaire et le coût attribuables à cette exposition.

Quantification des années de vie en bonne santé perdues du fait du bruit des transports

De premières évaluations ont été réalisées en 2011 et en 2015 conjointement par l’Observatoire Régional de Santé Île-de-France (ORS Île-de-France) et Bruitparif pour les impacts sanitaires du bruit suivants :

D’autres effets tels que les troubles de l’apprentissage, les pathologies cardiovasculaires (autres que les infarctus du myocarde), les atteintes auditives… sont attribuables au bruit mais les informations manquaient pour pouvoir les quantifier, aussi cette évaluation doit-elle être considérée comme une approche a minima de l’impact sanitaire du bruit des transports.

L’impact est estimé à travers l’indicateur des années de vie en bonne santé perdues (en anglais : disability-adjusted life-years, ou DALYs). Les informations et données suivantes ont été utilisées :

Ainsi, il a été estimé que le bruit des transports dans l’agglomération parisienne est responsable de l’ordre de 75 000 années de vie en bonne santé perdues, chaque année, ce qui représente une perte de 7,3 mois par habitant en moyenne au cours d’une vie entière, cette perte pouvant atteindre 18 mois pour les personnes les plus fortement exposées au bruit.

Le principal effet sanitaire de l’exposition au bruit environnemental correspond aux troubles du sommeil, qui représente 44 000 années de vie en bonne santé perdues chaque année. La gêne auditive est le deuxième effet sanitaire avec 30 000 années de vie en bonne santé perdues par an.

Le bruit routier constitue la principale source de morbidité, en concentrant à lui seul 85 % des estimations de pertes d’années de vie en bonne santé dans l’agglomération parisienne.

Il convient toutefois de préciser que ces estimations sont probablement sous-estimées du fait de l’utilisation des indicateurs énergétiques tels que Lden et Ln qui ne suffisent pas à caractériser à eux seuls la réalité des nuisances vécues par les habitants qui vivent à proximité de sources de bruit présentant un caractère évènementiel tel que le trafic aérien ou le trafic ferroviaire. Les risques cardiovasculaires associés au bruit n’ont également été que partiellement évalués du fait du manque de relations dose réponse suffisamment abouties à ce jour.

Ces évaluations permettent toutefois d’objectiver le poids du bruit des transports sur la santé publique. Celui-ci devrait ainsi être pris en considération au même titre que la pollution de l’air ou le dérèglement climatique par les pouvoirs publics.

Des chiffres en cours de réévaluation

Avec la mise à jour récente des relations dose-effet pour le bruit des transports publiée par l’OMS en octobre 2018, et la finalisation de la production des cartes stratégiques de bruit dites de 3ème échéance au sein de la région Île-de-France, Bruitparif est en train de revoir le chiffrage des impacts sanitaires des bruits liés au transport.

Il faut s’attendre à une forte réévaluation des impacts sanitaires pour les expositions au bruit ferroviaire et au bruit aérien notamment, du fait de la révision à la hausse des relations dose-effet pour ces deux sources de transport (voir figures ci-dessous). Pour le bruit routier, cela ne devrait pas tellement changer.

Nouvelles courbes dose-réponse publiées par l’OMS en 2018 pour la gêne et les troubles du sommeil, versus les anciennes utilisées dans les évaluations précédentes des impacts sanitaires.

Voici quelques exemples concrets des évolutions liées à la révision des courbes dose-réponse.

Pour les riverains de l’aéroport Paris-Orly

Pour une personne vivant au cœur de la zone 2 du Plan de gêne sonore de l’aéroport d’Orly, comme au niveau de la station Bruitparif de Villeneuve-le-Roi (Lden = 67 dB(A) et Ln = 56 dB(A)), la durée de vie en bonne santé perdue au cours d’une vie entière atteint désormais 29 mois, et fait plus que doubler par rapport aux précédentes évaluations proposées par l’OMS. En limite de zone 3 du PGS comme au niveau de la station Bruitparif de Marolles-en-Brie, la durée de vie en bonne santé perdue triple même (passage de 5 à 15 mois).

Pour les riverains de l’aéroport Paris-CDG

Pour une personne vivant au cœur de la zone 3 du Plan de gêne sonore de l’aéroport de Paris-CDG, comme au niveau de la station Bruitparif de Gonesse(Lden = 63 dB(A) et Ln = 55 dB(A)), la durée de vie en bonne santé perdue au cours d’une vie entière atteint désormais 26 mois, et fait plus que doubler par rapport aux précédentes évaluations proposées par l’OMS. En limite de zone 3 du PGS comme au niveau de la station Bruitparif d’Enghien-les-Bains, la durée de vie en bonne santé perdue passe de 6 à 17 mois.

Pour les riverains habitant des zones de bruit critiques pour le bruit ferroviaire

Pour une personne exposée à des niveaux proches des valeurs limites prises par la France en ce qui concerne le bruit ferroviaire (Lden = 73 dB(A) et Ln = 65 dB(A) pour les voies ferrées conventionnelles), la durée de vie en bonne santé perdue au cours d’une vie entière passe de 9 mois à 26 mois, en appliquant les nouvelles courbes dose-réponse établies par l’OMS.

Pour les riverains habitant des zones de bruit critiques pour le bruit routier

Pour une personne exposée à des niveaux proches des valeurs limites prises par la France en ce qui concerne le bruit routier (Lden = 68 dB(A) et Ln = 62 dB(A) pour les voies ferrées conventionnelles), la durée de vie en bonne santé perdue au cours d’une vie entière resterait relativement inchangée, voire baisserait légèrement en appliquant les nouvelles courbes dose-réponse établies par l’OMS (passage de 13 à 12 mois de vie en bonne santé perdue).

Autre nouveauté prochaine : la production d’une information territorialisée de ces enjeux via la réalisation d’une cartographie des impacts sanitaires par maille de 500 mètres de côté et par commune, ceci afin de faire ressortir les endroits prioritaires pour l’action publique.

Les résultats définitifs de cette nouvelle évaluation des impacts sanitaires liés au bruit des transports en Île-de-France devraient être connus début 2019.

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